LA GUERRE DES SEXES N'AURA PAS LIEU : QUE RESTE T-IL DE METOO ET BALANCE TON PORC ?

jeudi 10 mai 2018


“I don’t think that every single case of sexual harassment has to result in someone being fired; the consequences should vary. But we need a shift in culture so that every single instance of sexual harassment is investigated and dealt with. That’s just basic common sense.” Tarana Burke


Pourquoi écris-je cet article ? On a tellement entendu parler de MeToo, du hashtag BalanceTonPorc etde ses détracteurs. Pourquoi écrire un article maintenant ? En jetant un coup d'œil à plusieurs tweets, je suis tombée sur le Grand oral des Grandes Gueules (RMC). L'invitée ce jour là était Brigitte Lahaie, elle a sorti les phrases suivantes, qui m'ont interpellées : (« On est dans une société où ce sont les victimes qui sont entendues, pas ceux qui s'en sont sortis ! Le mouvement MeToo est un mouvement qui dit "je suis victime donc j'ai raison"»
Cela peut sembler absurde d'écrire un article suite aux propos d'une intervenante à la radio mais,  j'avais vraiment besoin de partager mon opinion à ce sujet.

Tout d'abord, je crois que la société/un ensemble de personnes a un problème avec la ''victimisation''. Je comprends tout à fait que certaines femmes ne souhaitent pas être vues comme victimes, ni dans un état de passivité et tant mieux pour elles,  doit-on pour autant réduire les victimes au silence ? Préfère-t-on entendre des connards de violeurs/agresseurs dans les médias ? La réponse est non. Les victimes essaient d'alerter l'opinion publique sur le nombre inquiétant d'agressions sexuelles, viols, et violences physiques. Je qualifie ces femmes, de courageuses car, pour elles, le retour de bâton est violent.  Il n’y a rien de honteux à  être une victime. Les victimes ne sont pas à blâmer, les coupables oui.
Si cela embête autant de personnes d'entendre le témoignage d'une femme violée, ils n'ont qu’à essayer de changer le système. Je ne cesse d'entendre autour de moi, "il faut donner des coups si on essaie de vous agresser/harceler/violer (je n’ai pas compris) et on vous laissera tranquille''. Si certaines  sont assez fortes (physiquement ou mentalement) pour assener des coups dans cette épreuve, c'est génial pour elles. Ce n'est pas le cas de toutes les femmes,  et je vous avouerai que je serais incapable de rendre un coup à un homme essayant de s'en prendre à moi. Je pense que je resterais stoïque, sous le choc ;   même si j’y parvenais, qui dit que cela ne risquerait pas d'aggraver la situation ? On a autant le droit de se sentir forte que faible.
Vous avez pardonné à votre agresseur, vous êtes  allées de l'avant, vous ne voyez pas comme une/des victimes ? Merveilleuse nouvelle !   Vous avez autant le droit de partager votre témoignage sur votre déconstruction, votre nouvelle vie,  que celles qui ne peuvent pas   aller de l'avant.

Penses tu que la libération de la parole féminine (Metoo, affaire Weinstein) a apporté le moindre changement pour les femmes ? 

Je pense que l’affaire Weinstein  a apporté quelques changement dans l’univers du cinéma. Mais quotidiennement je n’ai vu aucun changement mis à part les manifestations qui prennent de l’ampleur.

Que devrait on faire pour que le mouvement MeToo s'inscrive dans une longue durée ? 

Il faut que la loi soit plus favorable pour les victimes et faciliter l’accès aux tribunaux pour toutes les femmes et notamment les plus vulnérables exemple les femmes amérindiennes. L’intervention du législateur des élus et des pouvoirs publics est donc nécessaire mais non suffisante. Il faudrait rendre la justice plus accessible aux victimes en créant un réseau de juristes, travailleurs sociaux et psychologues afin d’accompagner les victimes dans leurs démarches juridiques et sociales. Un élargissement de l’aide juridictionnelle permettrait de palier au problème des honoraires élevés des avocats et de rendre la justice plus accessible. Il faudrait également mettre l’accent sur les mesures préventives afin de sensibiliser et d’éduquer les personnes aussi bien féminines que masculines. Les hommes doivent être éduqués dès le plus jeune âge afin de respecter les femmes et les femmes doivent également apprendre à ne pas tout miser sur leur physique, à s’instruire ,à avoir conscience de leur valeur et de leur potentiel et donc à se faire respecter !!

Pour toi, le mouvement a il été inclusif ? 

Le mouvement a été inclusif.  Le mouvement a touché les femmes et les hommes.

Certaines femmes pensent que la victimisation féminine se vend. Es tu d'accord avec elles ? 

Oui, d’une manière immédiate tout le monde peut faire un scandale par exemple dans la presse à scandale. Mais au niveau du procès s’est un peu plus compliqué. Il faut avoir des preuves, et de l’argent.

Propos tenus par Samantha C

D'ailleurs, la chose que je regrette le plus avec le mouvement MeToo,  est le manque de sororité. Je n'ai pas été surprise du manque de solidarité.  Ce n’est un secret pour personne que certaines ne sont solidaires que des personnes qui font parties de leurs « groupes/clans »). A quoi devions-nous donc nous attendre ? Cela n'a pourtant pas empêché les femmes de témoigner. Néanmoins, j'ai eu l'impression qu'on ne mettait très en avant qu’un seul type d'histoires,  et de femmes. On a bien remarqué le peu de lumière sur Tarana Burke (fondatrice de MeToo) au profit des stars hollywoodiennes en commençant par Rose McGowan, Alyssa Milano et Asia Argento. C'est bien dommage,  car j'ai l'impression de ne pas avoir entendu assez parler de MeToo pour certaines catégories de femmes. Je vous avouerai que j'aurais voulu voir le Time's Up R.Kelly éclater au même moment que toutes les histoires de stars hollywoodiennes. Trop de silence  entoure cette affaire, et seules les stars afro-américaines et quelques autres militantes l'ont évoqué. 
En parlant de sororité, les réactions ont été également mitigées dans mon entourage. Certaines amies y voyaient un manque d'attention de la part des concernées, d'autres, une libération de la parole féminine et les autres,  comme un phénomène qui capitalisait sur rien. Je ne vous cache pas que je me pose encore des  questions.

Moi, je me reconnais dans le mouvement. Le harcèlement sexuel, que ça soit au travail ou dans le rue, je l'ai vécue. Je trouve que c'est un mouvement qui permet de libérer la parole des victimes de harcèlement et de violences, que ça soit chez les femmes ou les hommes,. Ça permet de se libérer d'un poids, c'est tellement tabou, la violence est tellement banalisée que c'est compliqué de se mettre en avant et de dire : ça m'est arrivé aussi. Et il y a cette honte, parce que on nous fait croire que c'est notre faute. Tout est fait pour qu'on garde le silence. La première chose que tu ressens quand ça t'arrive c'est la honte. Donc tu n'en parles pas et tu te demandes si c'est de ta faute. On te rend responsable du comportement des autres. 

La critique majeure du mouvement (MeToo, Balancetonporc) c'était le fait que ça puisse peut être virer à la chasse aux sorcières. Sur les réseaux sociaux, il y a pas mal de victimes qui dénonçaient ouvertement leurs agresseurs. Les gens se sont dit : oui, effectivement c'est la chasse aux sorcières, on est en train de construire un tribunal populaire et de potentiellement ruiner la vie de personnes innocentes. Même si j'entends cette critique, aussi influencée par mes études de droit donc forcement tout ce qui est concept de présomption d'innocence, ça  m'est cher. Mais il faut garder quelque chose en tête, c'est la dynamique des pouvoirs dans cette société. Toutes les personnes qui ont été accusé, dans la grande majorité des cas, elles ont pu continuer leur vie tranquillement sans répercussions notables. Ça c'est un fait. Pour leur coup, Roman Polanski, c'est que maintenant qu'il a avoué les faits de viol. C'est que cinquante plus tard avec le mouvement MeToo, finalement l'académie des Oscars l'a exclu. Il a fui les États-Unis, il a fui la justice et il  a eu un Oscar entre temps. Il a eu une famille, il  a continué sa vie tranquillement alors que sa place était en prison. Qu'on ne vienne pas me dire  que dénoncer des gens publiquement, c'est ruiner leur vie. Ce n'est pas le cas, la société se met par défaut à  la place de l'agresseur et elle le défend. Il y a un mélange des définitions cad que la présomption d'innocence s'applique  dans les médias, dans un tribunal. Mais chacun a le droit d'avoir son opinion personnelle et de penser qu'une personne est coupable. C'est un droit, moi, je crois les victimes. Je pense que ce mouvement est important, ça permet de renverser la balance, de donner un autre point de vue, celui des victimes, qui sont tout le temps rendues muettes. 

Il y a une chose qui m'agace dans ces critiques de tribunal populaire et chasse aux sorcières. L'expression ''chasse aux sorcières" est extrêmement connotée, déjà historiquement les chasses aux sorcières étaient des feminicides. C'est misogyne et utiliser cette expression pour défendre des agresseurs présumés, je trouve ça sacrement gonflé. Surtout que pour le coup, le mouvement MeToo permet de dénoncer des multirécidivistes. Quand quelqu'un vous harcèle/viole, ce n'est pas la première fois qu'il le fait. Ce genre de  mouvement permet de faire connaître toutes les victimes et c'est ça qui  a fait tomber Bill Cosby. Ça donne plus de poids à leurs témoignages, malheureusement on utilise la présomption d'innocence  (en tant qu'arme) pour crédibiliser la parole des victimes.  Quand on part du principe que la présomption d'innocence exclut automatiquement le caractère de victime et qu'au nom de la présomption d'innocence, on ne peut pas croire les victimes, c'est un discours dangereux. Parce qu'on banalise tous ces faits et on part du principe que si on est victimes, on est forcément menteuses. Finalement, on cautionne tous ces agissements, on  ne permet pas de remettre les choses en question. C'est un sujet compliqué. J'ai peur que ça soit un mouvement qui va s'essouffler, qui va se faire oublier, parce qu'on est dans une société patriarcale. On ne veut  pas remettre en question la place prédominante des hommes et leurs privilèges. 
Anonyme

L'affaire Weinstein a elle apporté le moindre changement,   excepté une libération de la parole féminine ? A-t-on vraiment pris conscience des enjeux de ces questions sociales/sociétales ? A-t-on vraiment ouvert les yeux sur le sexisme ? 

Je ne me pose pas ces questions pour casser le mouvement, je suis juste sceptique.
Cela ne veut cependantpas dire qu'il a été inutile. En effet, on a pu évoquer en profondeur les violences faites aux femmes. Il y aeu une prise de conscience, mais que se passe-t-il ensuite ? Il y a toujours cette sensation d'être au point zéro. Comme je l'ai constaté, le mouvement a été relégué au placard, du moins on en parle de moins en moins.
J'aimerais  qu'on évoque également les divisions, même si nous les connaissons déjà. Pourquoi certaines femmes, par exemple, ne sentent pas plus concernées par ce mouvement ? Je ne pense pas aux femmes souhaitant être importunées, mais à celles qu'on a pas entendus. Je fais allusion à mon entourage familial, mes amies... C'est trop facile de dire qu'il n’y a qu’une  explication à leur silence et qu'elles sont forcément masculinistes, agents du patriarcat...

MeToo/Time's up en 2017-18 c'est clairement "white feminism inc", même si des actrices et artistes non blanches ont témoigné et y participent. Le mouvement a quand même été accaparé par les femmes blanches occidentales. Lili, martiniquaise

Enfin, les réacs ne cessent de parler de ''guerre des sexes''. Je trouve le terme ridicule, comment peut-on être à côté de la plaque à ce point ? On s'en cogne des hommes bien, des hommes féministes, des hommes sauvant des femmes ou se sacrifiant pour elles. C'est merveilleux, mais ils nous importent peu !  Ce que nous voulons,  ce sont des sanctions pour les coupables, des vraies actions pour mettre fin à l'impunité. On ne va pas faire comme la campagne RATP et désigner les coupables par des animaux ! Ce n'est pas un ours qui a violé  sa secrétaire, ni un tigre qui s'est permis de mettre la main aux fesses à sa camarade de classe !  A un moment, on se doit d'être réalistes ! 
Ce qu'on souhaite, c’est la fin des plaintes classées sans suite alors qu'il y a matière à aller devant un tribunal (voir Payetapolice), la fin de la correctionnalisation des viols ; un viol se doit d'être jugé comme un viol. Un viol,  ce n'est pas 6 mois de prison avec sursis. C'est hallucinant de voir qu'on juge le viol comme un simple délit. Je n'oublie pas les mesures pour éradiquer le harcèlement de rue, mettre fin au sexisme  dans le monde du travail... Lutter pour que cela n'arrive plus, ne fait pas de nous des buveuses assoiffées de sang masculin. De plus, si on pouvait arrêter de tout mélanger notamment drague, galanterie et violences, ça serait un bon début. Certaines ne comprennent pas que la drague et les violences sont deux choses différentes. On se moque de la drague, des flirts, des rendez-vous au restaurant. Aux dernières nouvelles, on drague, on flirte, on baise comme n'importe qui ! On ne souhaite pas mettre fin à la drague, le but ultime  n'est évidemment pas de castrer les hommes,  mais tout simplement de respecter l'intégrité du corps féminin. 



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